Taxe Zucman : les défaites de la gauche

 C’est un titre en trompe l’œil. La proposition de loi instaurant un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des ultra riches, dite « taxe Zucman » a été une victoire des députés de gauche cet automne, dans une Assemblée nationale où elle n’en gagne pas beaucoup ; une victoire politique, mais une défaite des idées.

Des idées, la gauche n’en a plus. Quand il faudrait réinventer le monde, elle cale.

Tout le problème réside dans les guillemets. La gauche s’est invisibilisée derrière le nom Zucman. L’idée majeure de la gauche ces derniers temps ne vient pas d’elle, de ses penseurs et théoriciens, mais d’un économiste qui n’a aucun lien avec elle. Ce n’est même pas le fruit d’un travail commun. M. Zucman travaille pour sa science, dans l’intérêt de son étude. La gauche rame et s’accroche ; ne propose rien et copie, ne réfléchit pas et colle.

Cette taxe provient d’un rapport de l’économiste adressé au G20. C’est donc un rapport à visée internationale. Quel est le sens de se l’accaparer nationalement, sans le mettre en perspective dans un monde globalisé ? On trouverait pourtant là une partie de l’ADN de la gauche, la coordination internationale de la lutte contre l’injustice. On peut se demander si la gauche ne s’est pas précipitée pour traduire ce rapport en proposition de loi nationale ; le timing était plutôt bon dans effervescence budgétaire d’alors. Il serait dommage d’avoir plus cherché le coup de com’ plutôt qu’une vraie proposition de réforme fiscale. 

Cette idée s’est ancrée dans le débat et revient régulièrement dans l’actualité. Sans doute parce qu’il est question, clairement, de justice. C’est le débat de la justice devant l’impôt, de la légitimité de la participation personnelle à l’effort national. C’est le plus grand ciment de nos sociétés. Ce débat est tellement important que l’échec de la gauche est d’autant plus terrible. S’il ne devait y avoir qu’une seule victoire, ce serait celle-là. Or, la bataille n’a jamais été préparée.

Même si cette taxe rapporterait plusieurs milliards quand on ne rechigne sur aucun euro, là n’est pas l’essentiel. C’est la question de la juste participation à l’impôt. Faire une loi c’est installer de nouvelles pratiques, celles de la participation équitable des plus riches, comme tout le monde, à l’impôt. 

Cette séquence politique relève que la gauche n’a pas abattu depuis longtemps de travail de fond. Si la gauche est encore identifiée par certaines valeurs, qu’elle garde, elle n’a plus du tout d’idée pour les mettre en œuvre. Peut-être que s’ils ne passaient pas autant de temps à se tirer dans les pattes, du temps serait dégagé pour qu’ils puissent se mettre devant une feuille blanche et réfléchir.

Je dis « ils » puisqu’il y a à l’évidence des gauches. Elles se sont retrouvées sur ce terrain de l’évidence. Pourtant, des gauches auraient pu être synonyme de plusieurs plans, théories, travaux préparatoires ; il n’y en a eu aucun. Des gauches, des défaites.

Il faut aujourd’hui inventer le monde de demain, s’il n’est pas déjà trop tard. L’environnement et la justice sociale doit en être le cœur ; il faut repenser la place de l’humain dans son environnement urbain et rural, apaiser nos rapports sociaux, revitaliser notre rapport au travail et au divertissement. Tant de sujets où là encore, les gauches n’ont pas de projet ; pas sûr que toutes les bonnes idées leur seront soufflées.

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